Les portes de Paris, quartiers oubliés de la gentrification (©Pexels – Pixabay)
Entre 2001 et 2016, la grande majorité des quartiers parisiens ont vu leur revenu médian augmenter beaucoup plus rapidement que la moyenne régionale d’Ile-de-France. Mais ceux situés entre le boulevard extérieur et le périphérique ont vu leur revenu médian baisser.
(BFM Immo) – « C’est de pire en pire, on a l’impression qu’on concentre toute la misère du monde ici », s’emporte Chris, un riverain, en montrant les immeubles de briques orangées qui bordent le coté extérieur du boulevard des Maréchaux, en bordure de Paris. Dans un document, l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) constate que les rares quartiers de Paris dont le revenu médian (par unité de consommation) a baissé entre 2001 et 2016 se situent quasiment tous entre le boulevard extérieur et le périphérique. Par comparaison, sur la même période, la grande majorité des autres quartiers parisiens ont vu leur revenu médian augmenter plus de 36% plus vite que la moyenne régionale d’Ile-de-France.
« Il ne reste presque plus de quartier non gentrifié à Paris », analyse Quentin Ramond, chercheur associé à l’Observatoire sociologique du changement de Sciences Po. Le phénomène de gentrification s’est renforcé à Paris ces dernières années: « dans un quartier populaire, on voit des personnes de classes supérieures s’installer et petit à petit faire monter le prix de l’immobilier, chassant la population populaire d’origine ». « Les seuls quartiers de Paris qui résistent quelque part à la gentrification se sont ces quartiers en périphérie car ils sont depuis longtemps composés en grande majorité de logements sociaux », détaille Quentin Ramond.
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Des « îlots » de logements sociaux
Philippe Goujon, maire LR du XVe, déplore qu’au sud de son arrondissement, on trouve « des îlots qui sont constitués de presque 100% de logements sociaux ». Le maire affirme ne pas être « contre le création de logements sociaux » mais, selon lui, « il faudrait les mélanger avec d’autres types de logements pour les classes moyennes ».
A la porte de Vanves, à la frontière entre les XIVe et XVe arrondissements, les habitants voient la situation de leur quartier se dégrader. « Je vis ici depuis 10 ans et j’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de précarité, de plus en plus de problèmes de sécurité, de plus en plus d’espèce de ghettos », explique Latifa qui préfère rester anonyme pour ne pas être associée à ces difficultés. « On se sent défavorisé par rapport à d’autres quartiers de Paris », explique Chris, habitant « depuis toujours » près de la porte de Brancion (XVe), et qui souhaite aussi conserver l’anonymat. Il pense comme toutes les autres personnes interrogées sur place que « plus de mixité, ça donnerait une meilleure qualité de vie ».
Le manque de mélange de populations ou « ségrégation socio-spatiale », selon Quentin Ramond, provoque des « effets de quartier », phénomène bien connu des sociologues: vivre dans un quartier défavorisé « a des effets négatifs sur les résultats scolaires, la probabilité d’être délinquant, l’accès à l’emploi et même sur la santé », explique-t-il.
Un « sentiment d’injustice »
Cela entraîne aussi « des difficultés d’accès aux biens et services de la ville » et « un sentiment d’injustice chez les populations qui affecte négativement la cohésion sociale », selon le chercheur. Ian Brossat, l’adjoint communiste à la maire de Paris chargé du Logement, reconnaît que les difficultés dans certains quartiers des portes de Paris sont « une réalité incontestable ». C’est d’ailleurs pour cette raison que « la ville de Paris investit plus dans ces quartiers que dans le reste de Paris ».
Pour plus de mixité dans la capitale, l’Hôtel de ville mène « une politique de rééquilibrage du logement social » en créant des places dans des quartiers plus aisés. « Depuis 2001, nous avons multiplié par quatre, les logements sociaux dans le 16e », fait remarquer Ian Brossat. La ville de Paris travaille également à mettre en place « d’ici deux ans » un programme pour « favoriser, dans les quartiers populaires, une accession à la propriété pour les classes moyennes à un prix très en dessous du marché ». Ce projet serait « un coup double » pour la mairie puisqu’il « permettrait aux classes moyennes d’acheter dans Paris et de créer de la mixité sociale dans ces quartiers », explique l’adjoint en charge du Logement.
Avec AFP

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