Une capsule que la société Haibu veut commercialiser (©AFP)
Une entreprise espagnole a lancé à Barcelone un concept de mini-appartements où la cuisine et la salle de bain sont partagées. Et elle compte bien développer ces « appartements ruches » à Paris.
(LaVieImmo.com) – Initiative sociale ou logement indigne? Haibu, une entreprise espagnole dont le siège est au Pays-Bas, loue depuis le mois d’octobre à Barcelone des mini-chambres. Dans la ville espagnole, une chambre doit faire au minimum 5 mètres carrés. Pourtant Haibu loue des chambres de 3 mètres carrés au mieux pour des loyers mensuels compris entre 125 et 325 euros. La cuisine, la salle de bain et une pièce à vivre sont partagées. Dans les plus petits de ces habitacles en aggloméré, qui font 2 mètres de long, 1,2 mètre de large et 1,2 mètre de haut, et qui peuvent être empilés, il est impossible de se tenir debout. En tout, la maison mesure 100 mètres carrés et peut accueillir jusqu’à 20 personnes.
Haibu présente de son côté son projet comme une initiative sociale et assure que sa marge ne dépasse pas 5%. « Notre but est que les gens ne viennent que pour une brève période, se redressent financièrement et repartent de l’avant », argumente l’un de ses fondateurs, Marc Oliver. Interrogé, le service de presse enfonce le clou: « Il s’agit d’un projet temporaire, qui vise à apporter une solution immédiate aux personnes qui n’ont pas accès à une maison ».
« Ce sont des taudis »
Selon des chiffres des autorités régionales cités par l’AFP, le loyer moyen fin 2018 dans la deuxième ville d’Espagne était de 954,29 euros, 40% de plus que fin 2013. Sur les principaux sites immobiliers, le prix pour une chambre descend rarement en deçà de 300 euros. Or beaucoup d’emplois sont peu rémunérateurs: 30% des personnes en activité touchent moins de 1.230 euros par mois. Trouver ou garder un logement avec de tels salaires est ardu. L’Espagne a dénombré plus de 37.000 expulsions pour loyers impayés en 2018, selon des statistiques officielles, 9% de plus qu’il y a deux ans. Et à Barcelone, plusieurs associations caritatives assurent avoir noté une augmentation du nombre de sans-abri, conséquence entre autres de la hausse des loyers.
Pour Janet Sanz, élue chargée de l’urbanisme à la mairie de Barcelone, Haibu fait « d’un droit fondamental une marchandise ». « Ce sont des taudis, ce n’est pas un logement digne. Nous sommes en faveur d’une offre bon marché mais tout n’est pas permis », assure-t-elle.
Un débat qui va bientôt arriver en France puisque l’entreprise compte bien s’installer à Paris. Il est d’ailleurs possible de visiter les concepts de capsule dans leur bureau parisien. À Paris, il y aura trois tailles de chambre et le premier prix sera de 200 euros. La première est un petit modèle individuel, avec des mesures de 1,2 m de hauteur x 2,2 m de longueur x 1,2 m de largeur. La cabine moyenne sera de 1,2 m de hauteur x 2,4 m de longueur x 2,4 m de largeur. Et enfin, la grande, pour les couples, mesurera 2 m de hauteur x 3 m de longueur x 2,4 m de largeur. C’est la seule cabine qui permet de se tenir debout.
Un casier judiciaire vierge exigé
Pour s’inscrire, il faut avoir entre 22 et 47 ans, bénéficier de revenus oscillant entre 450 et 3.000 euros, être résident à Paris ou sa banlieue depuis plus de 10 ans et enfin ne pas avoir de casier judiciaire, ne pas se droguer et ne pas fumer.
Deux problèmes devrait cependant rapidement se poser pour la société. Tout d’abord, en France, le propriétaire n’a pas le droit de réclamer un extrait du casier judiciaire ni le dossier médical. Contacté par BFM Lavieimmo, Haibu nous a simplement répondu que cela serait examiné « conformément à la réglementation de chaque pays ».
Ensuite, pour être louée, une chambre doit mesurer 9 mètres carrés minimum. Ce à quoi la société nous répond que « nos maisons font plus de 100 mètres carrés, elles sont donc conformes à la réglementation ». Elle ajoute: « Il y a des aires de repos et des aires communes (salle à manger, salon, cuisine, espaces de travail, salle de bain, …). Les aires de repos sont les endroits où nous mettons les chambres, qui ne sont pas des chambres, simplement un espace privé pour des lits. Les cabines donnent plus d’intimité qu’un simple lit ». Et elle précise: « Nous sommes comme une auberge. Simplement, elle est réservée aux résidents et non pas aux touristes ».
Auberge ou marchand de sommeil?
Alors loueur de meublé peu scrupuleux ou auberge d’un nouveau genre? Dans le premier cas de figure, si l’entreprise se place comme un loueur de meublé classique, son existence sera rapidement menacée. « Je ne suis pas du tout favorable à ce dispositif », nous répond de façon lapidaire Ian Brossat, adjoint au maire de Paris en charge du Logement. Le ministère de la Cohésion des territoires, lui, est un peu plus prolixe: « Ce n’est pas légal. Pour pouvoir être loué, un logement doit être décent: en ce sens, il ne peut être constitué de seulement une chambre. Par ailleurs, la pièce principale du logement doit nécessairement être de 9 mètres carrés au moins. Il n’est pas nécessaire de les interdire car il n’est pas possible en l’état de la réglementation de les louer, l’interdiction existe déjà ».
Si Haibu se positionne comme une auberge, elle devra répondre aux normes en vigueur pour les hébergements touristiques de type hôtelier. L’article L311-6 du code du tourisme précise que c’est le groupement d’intérêt économique Atout France qui fixe les critères qui définissent un hôtel. Sur son site, Atout France déclare que « la surface minimum d’une chambre double doit être de 9 m², hors sanitaires ». Par ailleurs, l’arrêté du 23 décembre 2009 fixe les normes et la procédure de classement des hôtels de tourisme. Il y est écrit, à l’article D311-4, que « l’hôtel de tourisme est un établissement commercial d’hébergement classé, qui offre des chambres ou des appartements meublés en location à une clientèle de passage qui y effectue un séjour caractérisé par une location à la journée, à la semaine ou au mois, mais qui, sauf exception, n’y élit pas domicile ». Non seulement, cette définition ne correspond pas en tout point à ce que désire faire Haibu, puisque ses clients vont y élire domicile, mais surtout, l’annexe de l’arrêté précise que la surface minimale pour chambre 1 personne hors sanitaires en catégorie 1* doit mesurer 8 mètres carrés.
Par ailleurs, Haibu ne peut pas non plus devenir une résidence de tourisme. En effet, outre le fait que la clientèle, touristique, ne peut pas y élire domicile, la direction générale des entreprises rappelle un autre point important : « Le classement d’un établissement dans la catégorie des résidences de tourisme n’est possible que si celui-ci est constitué d’au moins 70% de locaux d’habitation et d’un minimum de 100 lits, confiés en gestion à un exploitant unique pour une durée minimum de 9 ans ». Or les maisons Haibu, toutes construites sur le même modèle, sont conçues pour 20 personnes. La chambre d’hôte, elle, est limitée à 5 chambres et 15 personnes au maximum. Là encore, on voit mal comment l’entreprise espagnole parviendra à imposer son concept en France en respectant la réglementation.
Haibu pourrait éventuellement devenir un simple « hôtel », c’est-à-dire un établissement qui n’est pas classé comme « hôtel de tourisme » et n’a donc pas besoin de respecter les critères de taille. L’Umih, l’union des métiers et des industries de l’hôtellerie, nous confirme, en effet, que si un hôtel ne désire pas être classé d’une à cinq étoiles, il peut faire ce qu’il veut (en respectant les normes d’hygiène et de sécurité évidemment). « La loi ne définit pas de taille minimum de chambre pour eux ». Mais reste toujours le problème des clients qui ne pourront pas y élire domicile.

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