Vue des carrières d’Aïn Dara (©Joseph Eid – AFP)
Les hauteurs du village d’Aïn Dara au Liban sont dévorées par plusieurs carrières illégales. L’activité des carrières a connu un boom après la guerre civile (1975-1990), quand le pays a entrepris une longue reconstruction. Chaque année, le Liban exporte aussi des centaines de milliers de tonnes de ciment.
(LaVieImmo.com) – Abdallah Haddad a bravé des menaces de mort et lutté des années, avant d’obtenir la fermeture de plusieurs carrières illégales dévorant les hauteurs de son village d’Aïn Dara au Liban. Mais la victoire aura été de courte durée.
C’est devant un massif éventré par endroit, raclé à nu à d’autres, que cet homme de 61 ans avait appris « la bonne nouvelle »: fin juillet la justice avait ordonné la fermeture de 16 carrières –sur les 17 existantes– implantées dans ce village entre le Mont-Liban et la vallée de la Bekaa, près de la réserve du Chouf et de ses emblématiques cèdres. Fin août toutefois, son avocat déposait une note devant le Parquet dénonçant la reprise de l’extraction.
En 25 ans, plus de deux millions de mètres carrés ont été détruits dans cette zone, un « crime » contre la montagne, estime Abdallah Haddad. « La plupart des exploitants n’ont pas de permis ou au mieux travaillent en vertu de documents falsifiés ou périmés », s’indigne-t-il. Quand il est rentré vivre dans son pays natal après avoir travaillé des années dans le secteur bancaire en France, ce sexagénaire s’est lancé, avec une poignée d’habitants dans le combat pour « freiner l’hémorragie ».
Des menaces de mort
« Depuis le début de notre action en 2016, nous avons organisé des sit-in, fait du lobbying et saisi la justice à six reprises », raconte-t-il à l’AFP. Une mobilisation risquée: « J’ai reçu des appels téléphoniques de la part d’inconnus menaçant de me briser les jambes ou m’exhortant à ne pas me rendre à Aïn Dara et me menaçant de mort ».
Quand le verdict de fermeture est tombé le 26 juillet, des dizaines de membres de l’armée et de la police ont investi cette zone où des « hommes armés » étaient souvent présents aux abords des carrières. Ils ont mis sous scellés les carrières concernées, dont un site sensible appartenant à un homme politique influent. Mais rapidement « la majorité d’entre elles a repris le travail en contournant les scellés », déplore Abdallah Haddad, évoquant la sortie « quotidienne de plus de 100 camions » chargés de roches.
Au Liban, l’activité des carrières a connu un boom après la guerre civile (1975-1990), quand le pays a entrepris une longue reconstruction. Chaque année, le Liban exporte aussi des centaines de milliers de tonnes de ciment. Ce secteur s’est imposé au premier rang des productions industrielles post-conflit.
1.300 carrières
Les carrières sont règlementées par un décret voté en 2002. Plus de 1.300 d’entre elles s’égrènent sur 5.000 hectares à travers le territoire, selon un balayage satellitaire effectué par l’armée en 2017. Mais « seulement une dizaine de sites sont exploités de manière conforme au décret », avoue un responsable au ministère de l’Environnement ayant requis l’anonymat.
« Le coût de la dégradation environnementale engendrée par les carrières s’élève à 610 millions de dollars par an » (550 millions d’euros), ajoute-t-il. Les militants dénoncent corruption et indifférence générale. Un climat d’impunité qui s’explique par le fait que plusieurs grands noms du monde politique sont associés aux cimenteries du pays, dont celui du leader druze Walid Joumblatt, actionnaire dans « Sibline », troisième producteur local.
En juin, cinq personnes avaient été blessées lors d’un sit-in à Aïn Dara. Des « hommes armés » à l’entrée des carrières de Pierre Fattouche et de son frère Nicolas– ex-ministre et député–, « nous ont tiré dessus », affirme le maire, Maroun Badr. Connu pour sa connivence avec le régime syrien, ancienne puissance de tutelle, et le parti Hezbollah, Pierre Fattouche a pu exploiter « un million de mètres carrés en vertu d’un permis accordé en 1994 portant sur 2.000 m2 », déplore Abdallah Haddad.
Risque d’aggravation du phénomène
Sollicité par l’AFP, Pierre Fattouche n’a pas réagi. Face au risque d’aggravation du phénomène avec les besoins de la reconstruction attendue en Syrie et en Irak, des défenseurs de l’environnement font front commun dans une « Coalition populaire contre les carrières ».
Georges Inati, président de l’association des oléïculteurs de Koura (nord) en fait partie. Dans son village de Kfarhazir et ses alentours, des collines surplombant la Méditerranée ont été « défigurées », laissant place à un paysage lunaire. Les matériaux extraits alimentent les cimenteries installées à quelques kilomètres, dans la localité côtière de Chekka. L’exploitation massive des carrières a « condamné les cultures ancestrales d’oliviers, de figuiers et d’amandiers », fustige-t-il. « De l’argent est versé à certains partis politiques, membres du clergé et à quelques municipalités pour qu’ils ferment » les yeux sur les abus commis, accuse Georges Inati.
Avec AFP

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