Il existe des solutions pour faire face aux canicules (©Christophe Archambault – AFP)
En période de fortes chaleurs, le réflexe serait d’installer la climatisation. Pourtant, ce geste est contre-productif, alors qu’il existe des solutions pour conserver la fraîcheur des bâtiments.
(LaVieImmo.com) – Sols artificiels, peu d’arbres, activités humaines… Il fait souvent plus chaud en ville qu’à la campagne mais le phénomène « d’îlots de chaleur urbains » est particulièrement marqué pendant les canicules qui peuvent transformer les villes en four. A la campagne, la végétation utilise le soleil et l’eau du sol pour la photosynthèse, puis restitue à l’atmosphère l’eau puisée dans le sol. La nuit, cette « évapotranspiration » s’arrête. Mais en ville, les surfaces largement imperméables emmagasinent l’énergie solaire. Et pendant la nuit, ces bâtiments, routes en bitume et trottoirs relâchent dans l’air la chaleur accumulée.
Résultat, il fait souvent plus chaud dans une ville qu’en périphérie, un phénomène encore plus marqué pendant les canicules, et la nuit. « On relève des différences nocturnes de l’ordre de 2 à 3°C en moyenne annuelle entre Paris et les zones rurales alentour », indique Météo-France. Lors de fortes chaleurs, la différence « peut atteindre près de 10°C en Ile-de-France ». Pendant la canicule de 2003, la température qui atteignait 40°C le jour descendait entre 23 et 26°C dans les zones les plus aérées de la capitale (sud-ouest, nord, bois de Vincennes et de Boulogne) mais seulement à 28°C en moyenne dans le centre, selon Météo-France.
Vers une multiplication des vagues de chaleur
Ce microclimat urbain « aggrave les effets ressentis, en particulier la nuit, période critique où normalement le corps humain récupère », souligne Aude Lemonsu, chargée de recherche CNRS au centre de recherche de Météo-France. Et ces îlots de chaleur urbains risquent d’amplifier les effets du changement climatique qui va déjà multiplier les vagues de chaleur, avertissent les scientifiques.
Les facteurs favorisant cette « bulle de chaleur » urbaine sont connus: beaucoup de surfaces artificielles minérales, pas assez de végétation, propriétés des matériaux de construction, présence insuffisante d’eau, activités humaines… Sans oublier le cercle vicieux de la climatisation. « Plus on climatise dans les bâtiments, plus on réchauffe l’air extérieur », note Aude Lemonsu, plaidant pour un « usage raisonné ».
Végétation et peinture blanche
Pourtant, il y aurait des moyens de faire un petit peu baisser la température, à commencer par l’urbanisme. Il faudrait repenser le plan des villes. En effet, une étude publiée en mars 2018 dans la revue Physical Review Letters montre que plus une ville est « organisée » avec de grands axes très droits (comme peuvent l’être les villes américaines très quadrillées), plus il y fera chaud. Ces rues piègent la chaleur contrairement aux vieilles villes avec des ruelles sinueuses.
L’orientation des bâtiments peut également être revue. C’est tout l’idée d’une architecture bioclimatique qui tire parti de l’environnement du site pour réaliser des constructions simples qui permettent de chauffer, rafraîchir, ventiler l’intérieur.
Si agir sur cette morphologie à grande échelle peut être épineux, au moins à court terme, d’autres actions peuvent être entreprises plus rapidement, comme la végétalisation. Grâce à l’ombre et à l’évapotranspiration, grands parcs, ceintures vertes ou petites zones arborées parsemées un peu partout permettent de rafraîchir l’air localement. « On peut aussi se servir de murs végétaux et de toitures végétales réduisant la chaleur émise par les bâtiments », indique Amandine Crambes, ingénieur urbaniste à l’Agence pour l’environnement et la maîtrise de l’énergie (Ademe).
Utilisation de la géothermie
Autres axes d’action, la conception des bâtiments et la question des modes de construction et des matériaux, notamment leur couleur. S’il fait 26°C, « une toiture foncée pourra atteindre jusqu’à 80°C, la même toiture en couleur claire plutôt 45°C, et la même végétale ne montera pas au-dessus de 29°C », explique Amandine Crambes. Ainsi, les « cool roofs », toitures recouvertes de peinture réflective, se développent. Des tests sont aussi conduits par certaines villes, comme Los Angeles, qui ont enduit des rues d’un revêtement blanc qui absorbe moins la chaleur.
Une meilleure isolation des toits donc, mais également des murs. Certains préconisent une isolation extérieure avec de la paille ou de la terre. Il est aussi conseillé l’installation de stores extérieurs et de vitrages spécifiques.
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Par ailleurs, la géothermie est un bon moyen de chauffer ou de rafraîchir un bâtiment sans utiliser la climatisation. Le ministre de la Transition énergétique François de Rugy a inauguré lundi 25 juin le réseau de chaleur et de froid du plateau de Saclay. Le réseau doit permettre d’alimenter en chauffage l’ensemble des bâtiments installés dans la zone, qui inclura à terme des universités, des centres de recherche, des logements ainsi que des commerces. Au total, les 25 kilomètres du réseau desserviront une surface de 2,1 millions de mètres carrés. Le réseau sera alimenté par géothermie et par récupération d’énergie afin de produire 40 mégawatts (MW) de chaleur et 10 MW de froid par an.
Autre piste: l’eau. La ville de Paris par exemple a testé ces dernières années l’arrosage de la chaussée pour faire baisser localement la température. De manière générale, « la question de la résilience urbaine est de plus en plus prise en compte », commente l’experte de l’Ademe, qui note toutefois la difficulté des choix politiques, entre coûts financiers, lobbys et pression foncière.
(Avec AFP)

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